Conclusion générale
L’exploration et l’exploitation des ressources pétrolières et gazières en Afrique de l’Ouest requiert une bonne gouvernance publique c’est-à-dire celle de l’Etat en tant qu’Autorité, propriétaire des ressources et une bonne gouvernance des entreprises publiques et privées comme acteur opérationnel contractant. Cette gouvernance encadre l’ensemble des mesures, des règles, des organes de décision, d’information, de mise en œuvre et d’évaluation qui permettent d’assurer le meilleur fonctionnement et le contrôle le plus adéquat de l’exécution des activités du secteur des hydrocarbures par les différents acteurs. Autrement dit une bonne maitrise des risques dans le secteur. Outre la bonne gouvernance qui implique la mise place du cadre législatif et institutionnel et la transparence dans la gestion des ressources et des rentes pétrolières, il est crucial aujourd’hui pour les Etats ouest-africain de relever les défis de la formation de compétences et de la coopération régionale en matière d’industrialisation aux fins de prendre progressivement le contrôle de la gestion de leurs ressources par le développement de toute la chaine de valeurs des hydrocarbures en vue de satisfaire les besoins de consommation locale, sous-régionale et continental dans le cadre de la ZLECAf, un projet historique ambitieux d’intégration africaine. Ainsi, la stabilité politique, la qualité de la gouvernance et la corruption sont des facteurs déterminants de la réussite dans le secteur pétrolier. Leur influence s’étend à tous les niveaux de la chaîne de valeur, façonnant les décisions d’investissement, la performance opérationnelle et les résultats économiques. Les pays capables d’instaurer un environnement politique stable, de mettre en œuvre des cadres de gouvernance solides et de lutter efficacement contre la corruption sont mieux placés pour tirer pleinement profit de leurs ressources pétrolières. À l’inverse, ne pas relever ces défis peut entraîner des pertes d’opportunités, une baisse des investissements et une instabilité socio-économique. Pour les décideurs politiques, la priorité doit être de renforcer les institutions, d’accroître la transparence et de garantir la responsabilité. Pour les opérateurs et les investisseurs, des stratégies robustes de gestion des risques et de conformité sont essentielles. À mesure que le paysage énergétique mondial évolue, l’importance de ces facteurs ne fera que croître. Les négociations des contrats pétroliers, le suivi, le contrôle et l’inspection des opérations pétrolières (éléments cardinaux de la maitrise des contrats pétroliers qui exigent des compétences) et une participation plus ambitieuse des Etats dans les contrats pétroliers au niveau des pays de la sous-région Ouest africaine disposant d’un potentiel prouvé et évéré, permettront de limiter, voire d’éradiquer la prédation des ressources en hydrocarbures par les CPI. L’exportation des hydrocarbures produits du sous-sol ouest-africain ou africain sous sa forme brute constitue une perte incommensurable pour les Etats de l’Afrique subsaharienne tant dans le domaine du développement industriel, technologique, de l’emploi et de la formation des compétences. Au total, après plus d’un demi-siècle d’exploitation des ressources pétrolières, les Etats d’Afrique de l’Ouest sont encore loin de prendre en mains l’industrie pétrolière. L’essentiel des revenus tirés des ressources à travers les contrats mal suivis et peu maitrisés, ne servent pas à la population mais continue de nourrir des foyers de tension au niveau des communautés marginalisées dont la plupart n’ont pas accès au minimum vital (santé, éducation, énergie, logement). Certaines dispositions des contrats signés pour l’exploitation des ressources servent à mettre en hypothèques nos ressources pétrolières au profit des compagnies pétrolières internationales agissant pour le compte des grandes puissances étrangères. « L’Afrique en général demeure un poisson qui a soif sans dans l’océan ». Eu égard à tout ce qui précède, les cinq (05) leviers fondamentaux et indispensables sur lesquels les Etats Ouest africains ou africains de manière générale doivent agir pour le développement d’une industrie pétrolières aux profits de leur population sont :
- l’adoption et l’opérationnalisation d’une politique et stratégie régionale intégratrice de développement de tous le maillons de l’industrie pétrolière de l’amont jusqu’à l’aval pétrolier. Cette politique devra tenir compte des mesures conservatoires à prendre à court ou à moyen terme sur l’exportation par les Etats de la sous-région du pétrole brut dont ils ont aucun contrôle sur le mécanisme de fixation du prix du baril et recommander l’exportation en priorité des produits finis ou des produits à plus forte valeur ajoutée par développement de l’ensemble de la chaine de valeur et de transformation des hydrocarbures.
- L’appropriation de la technologie par la formation des cadres nationaux compétents dans les domaines pointus au niveau de toute la chaine pétrolière et gazière afin de disposer des capacités requises pour prendre en mains la gestion des opérations pétrolières de l’amont jusqu’à l’aval
- la création d’une banque africaine de développement dans le secteur des industries extractives qui permettra de financer les projets nationaux et surtout régionaux dans le secteur des hydrocarbures
- la création d’un marché régional de pétrole. Les conditions sine qanun pour l’opérationnalisation de ce marché reposent sur la mise en place des infrastructures industrielles de transformation des hydrocarbures bruts en produits finis, des infrastructures pétrolières et gazières de stockage et de transport de sorte à faciliter les échanges dans le secteur en entre sous-région africaine puis entre pays africains. A ce titre, il est urgent de mettre en place des pôles de cartels d’entreprises spécialisées dans différentes régions d’Afrique pour la production et transformation des hydrocarbures c’est à dire de développement de tous la chaine de valeur su secteur des hydrocarbures aux fins de mettre sur le marché régional et international des dérivés et sous-produits de pétroles brut à plus fortes valeurs ajoutées.
- Une bonne gouvernance dans le secteur qui va amoindrir de façon drastique la corruption et la confiscation de la rente par une minorité dirigeante créant des conflits endogènes ou suscités de l’extérieur. A cet égard, les Etats doivent mettre en place des institutions dont les rôles sont bien précis et séparés garantissant la transparence et une bonne gestion des ressources au niveau de toute la chaine de valeur du secteur.