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Chapitre 6 : Afrique de l’Ouest : analyses approfondies par pays

6.1- Nigeria

Le Nigéria est le premier producteur de pétrole d’Afrique et l’un des plus importants producteurs d’hydrocarbures au monde. Historiquement, le secteur pétrolier du pays constitue le pilier de son économie, représentant environ 90 % des recettes d’exportation et près de 50 à 60 % des recettes publiques (Banque mondiale, 2023 ; OPEP, 2023). Malgré ces ressources considérables, le Nigéria présente un cas complexe où l’instabilité politique, les problèmes de gouvernance et la corruption systémique ont fortement entravé la performance du secteur.

Au Nigéria, la stabilité politique est plus justement qualifiée d’inégale que d’inexistante. Au niveau fédéral, la gouvernance démocratique est maintenue depuis 1999, assurant une certaine continuité institutionnelle. Cependant, l’instabilité infranationale, notamment dans le delta du Niger, a un impact direct et persistant sur les opérations pétrolières. La région est en proie depuis des décennies à l’insurrection, au sabotage des oléoducs et aux conflits communautaires, souvent alimentés par des griefs liés à la dégradation de l’environnement, à la répartition des revenus et à un sentiment de marginalisation. Ces dynamiques ont engendré des risques opérationnels importants, en particulier pour les installations terrestres, dont les infrastructures sont particulièrement vulnérables.

Le cadre de gouvernance du secteur pétrolier nigérian a fait l’objet d’importantes réformes ces dernières années, notamment grâce à la promulgation de la loi sur l’industrie pétrolière (PIA) en 2021. Cette loi visait à remédier aux problèmes persistants liés à la fragmentation de la réglementation, à l’incertitude financière et à l’inefficacité de la Nigerian National Petroleum Corporation (NNPC), qui a depuis été restructurée en une entité à vocation commerciale, NNPC Limited. La loi a instauré de nouveaux organismes de réglementation, dont la Nigerian Upstream Petroleum Regulatory Commission (NUPRC) et la Nigerian Midstream and Downstream Petroleum Regulatory Authority (NMDPRA), afin d’améliorer la transparence et l’efficacité opérationnelle.

Bien que l’Evaluation des Ressources Naturelles (ERN) représente un progrès majeur, des difficultés de mise en œuvre persistent. Les contraintes liées aux capacités institutionnelles, l’inertie bureaucratique et le chevauchement des mandats continuent de limiter l’efficacité des réformes réglementaires. Selon le Natural Resource Governance Institute (NRGI, 2022), le Nigéria obtient des résultats moyens en matière de gouvernance des ressources, mais continue de faire face à d’importants défis concernant la gestion des recettes et la transparence.

La corruption demeure l’un des problèmes les plus critiques affectant le secteur pétrolier nigérian. L’indice de perception de la corruption de Transparency International classe régulièrement le Nigéria parmi les pays présentant un risque élevé de corruption (Transparency International, 2024). La corruption se manifeste à tous les niveaux de la chaîne de valeur, de l’octroi des licences et l’attribution des marchés à la gestion des achats et des recettes. Historiquement, le manque de transparence des procédures d’octroi des licences et le caractère discrétionnaire des processus d’attribution ont suscité des inquiétudes quant à l’équité et à la responsabilité.

L’une des formes les plus importantes de corruption et de criminalité au Nigéria est le vol de pétrole, communément appelé « oil bunkering ». Il s’agit du détournement illégal de pétrole brut des oléoducs pour le vendre au marché noir. La Nigerian National Petroleum Company (NNPC) a fait état de pertes pouvant atteindre 200 000 barils par jour aux pics d’activité (NNPC, 2022), ce qui représente un manque à gagner considérable pour l’État. Ce problème est aggravé par la faiblesse des mécanismes de répression et, dans certains cas, par une collusion présumée entre les réseaux criminels et les forces de sécurité.

Sur le plan opérationnel, ces difficultés se traduisent par une hausse des coûts et une baisse de l’efficacité. Les opérateurs doivent investir massivement dans la sécurité, la surveillance et le dialogue avec les communautés locales afin d’atténuer les risques. De ce fait, les projets en mer sont devenus plus attractifs, compte tenu de leur relative protection contre les problèmes de sécurité terrestres. Toutefois, ces projets impliquent des dépenses d’investissement plus importantes et des délais de développement plus longs, ce qui peut contrebalancer certains de ces avantages.

Malgré ces défis, le Nigéria conserve un potentiel considérable. Le pays possède d’importantes réserves non exploitées, notamment dans les bassins en eaux profondes et les bassins frontaliers. Les réformes actuelles de la PIA, conjuguées aux efforts déployés pour améliorer la transparence et attirer les investissements, pourraient dynamiser le secteur à terme. Cependant, la pérennité des progrès dépendra de la capacité du gouvernement à s’attaquer aux problèmes de gouvernance et de corruption sous-jacents, tout en préservant la stabilité politique régulièrement menacée par le Djihadisme et des groupes armés terroristes.

6.2- Ghana

Le Ghana représente un exemple positif de gouvernance et de stabilité politique dans le secteur pétrolier ouest-africain. Depuis la découverte de pétrole commercial dans le champ Jubilee en 2007, le Ghana a mis en place un cadre institutionnel relativement solide pour la gestion de ses ressources pétrolières. Le secteur contribue de manière significative aux recettes publiques et aux recettes d’exportation, même s’il est moins prépondérant que dans des pays comme le Nigéria et l’Angola (Banque mondiale, 2023).

Sur le plan politique, le Ghana est largement considéré comme l’une des démocraties les plus stables d’Afrique. Le pays a connu des transitions pacifiques du pouvoir et reste fermement attaché à l’État de droit. Cette stabilité a été un facteur clé pour attirer les investissements dans le secteur pétrolier, notamment lors des premières phases de son développement.

Le cadre de gouvernance du Ghana se caractérise par une séparation claire des rôles entre les principales institutions. Le ministère de l’Énergie est responsable de la politique énergétique, la Commission du pétrole réglemente les activités en amont et la Ghana National Petroleum Corporation (GNPC) assure les opérations commerciales. Cette clarté institutionnelle a contribué à un environnement réglementaire plus transparent et efficace.

Le Ghana est également membre de l’Initiative pour la Transparence des Industries Extractives (ITIE) et a mis en place des mécanismes de publication des recettes et des contrats pétroliers. La loi sur la gestion des recettes pétrolières (PRMA) établit les règles d’affectation et d’utilisation de ces recettes, notamment la création du Fonds pétrolier du Ghana. Ces mesures ont contribué à renforcer la transparence et la responsabilité.

Malgré ces atouts, des défis persistent. Les risques de corruption, bien que moindres que dans certains pays voisins, ne sont pas inexistants. Les questions relatives aux marchés publics, à la gestion des contrats et à la mise en œuvre du contenu local ont été identifiées comme des sujets de préoccupation (NRGI, 2022). Par ailleurs, le Ghana est confronté à des pressions liées à la volatilité des recettes et à la gestion budgétaire, notamment dans un contexte de fluctuations des prix du pétrole.

Sur le plan opérationnel, la production offshore du Ghana réduit l’exposition à certains risques sécuritaires liés aux environnements terrestres. Cependant, le pays doit continuer d’investir dans ses capacités réglementaires et ses infrastructures afin de soutenir la croissance du secteur. Garantir la mise en œuvre effective des politiques de contenu local, sans engendrer d’inefficacités ni d’opportunités de corruption, constituera un défi majeur.

Globalement, l’expérience du Ghana démontre qu’une gouvernance solide et une stabilité politique peuvent considérablement améliorer les performances du secteur pétrolier. Malgré les défis persistants, le pays offre un modèle utile aux autres nations riches en ressources naturelles qui cherchent à améliorer leur gouvernance et leur transparence.

6.3- Sénégal

Le Sénégal s’est imposé ces dernières années comme l’un des nouveaux producteurs d’hydrocarbures les plus prometteurs d’Afrique de l’Ouest. La découverte d’importantes réserves de pétrole et de gaz offshore, notamment le champ pétrolier de Sangomar et le projet gazier du Grand Tortue Ahmeyim (GTA) (partagé avec la Mauritanie), a positionné le Sénégal comme un acteur majeur du paysage énergétique régional. Contrairement aux producteurs historiques tels que le Nigeria et l’Angola, le Sénégal se trouve à un stade précoce de développement de son secteur, ce qui représente une opportunité cruciale pour la mise en place, dès le départ, de cadres de gouvernance solides.

Sur le plan politique, le Sénégal est largement considéré comme l’une des démocraties les plus stables d’Afrique de l’Ouest. Le pays bénéficie d’une longue tradition de transitions politiques pacifiques et de structures institutionnelles relativement solides. Cette stabilité a joué un rôle déterminant pour attirer les compagnies pétrolières internationales et renforcer la confiance des investisseurs. Selon la Banque mondiale (2023), le Sénégal se classe comparativement bien parmi les pays de la région en matière d’indicateurs de gouvernance.

Le cadre de gouvernance du secteur pétrolier sénégalais a été élaboré en mettant l’accent sur la transparence et la clarté institutionnelle. Le ministère du Pétrole et de l’Énergie supervise la politique, tandis que les fonctions réglementaires sont assurées par des agences spécialisées. Le Sénégal a également adhéré à l’Initiative pour la transparence des industries extractives (ITIE), réaffirmant ainsi son engagement en faveur de la transparence des revenus et de la responsabilité publique.

Malgré ces atouts, le Sénégal est confronté à plusieurs défis émergents. Avec l’augmentation de la production, la pression s’accroît pour garantir que les systèmes de gouvernance puissent gérer efficacement les importants flux de revenus. L’expérience d’autres pays riches en ressources naturelles met en évidence le risque de détérioration de la gouvernance lors de la transition de la découverte à la production. Le Natural Resource Governance Institute (NRGI, 2022) souligne que les producteurs en phase de démarrage doivent prioriser le renforcement des capacités institutionnelles afin d’éviter les écueils de la malédiction des ressources.

Au Sénégal, le risque de corruption est relativement modéré par rapport aux autres pays producteurs de la région, mais il demeure préoccupant, notamment en matière d’approvisionnement et de gestion des contrats. Avec l’expansion du secteur, la complexité et l’ampleur des transactions augmenteront, créant potentiellement de nouvelles opportunités de recherche de rentes.

Sur le plan opérationnel, l’exploitation offshore au Sénégal réduit son exposition à de nombreux risques sécuritaires liés à la production terrestre. Toutefois, le pays doit investir dans les infrastructures, les capacités réglementaires et la formation de la main-d’œuvre locale pour soutenir la croissance du secteur à long terme.

Globalement, le Sénégal présente un fort potentiel, reposant sur une stabilité politique et une gouvernance solides. Le principal défi consistera à maintenir ces standards lors du passage du secteur à une production à grande échelle.

6.4- Côte d’Ivoire

Après une période d’instabilité politique au début des années 2000, la Côte d’Ivoire est redevenue un important producteur d’hydrocarbures. Les récentes découvertes en mer profonde, notamment d’importants gisements de pétrole et de gaz en eaux profondes, ont revitalisé le secteur et suscité un regain d’intérêt de la part des investisseurs.

Sur le plan politique, la Côte d’Ivoire a atteint une certaine stabilité depuis la résolution de son conflit civil, malgré la persistance de tensions sous-jacentes. Le gouvernement a privilégié le développement économique et le renforcement des institutions, contribuant ainsi à améliorer la confiance des investisseurs. Selon le FMI (2023), le pays a enregistré une forte croissance économique et une stabilité macroéconomique accrue ces dernières années.

Le cadre de gouvernance du secteur pétrolier est relativement bien structuré, avec des rôles clairement définis pour le ministère du Pétrole, les organismes de réglementation et la compagnie pétrolière nationale, Petroci. Les procédures d’octroi de licences sont menées avec une transparence croissante, même si des inquiétudes persistent quant au pouvoir discrétionnaire dans les décisions et les négociations contractuelles.

Le risque de corruption en Côte d’Ivoire est modéré. Transparency International (2024) indique que, malgré des progrès, des difficultés persistent, notamment dans les marchés publics et les entreprises publiques. Le secteur pétrolier n’est pas à l’abri de ces risques, d’autant plus que les nouvelles découvertes augmentent la valeur des contrats et des investissements.

La gestion des recettes est un domaine qui exige une attention constante. À mesure que la production augmente, le gouvernement doit veiller à ce que les recettes soient gérées de manière transparente et allouées efficacement. La participation à l’ITIE offre un cadre pour améliorer la transparence, mais sa mise en œuvre demeure essentielle.

Sur le plan opérationnel, la Côte d’Ivoire bénéficie d’une production majoritairement offshore, ce qui réduit son exposition aux risques sécuritaires. Toutefois, l’exploitation des ressources en eaux profondes exige une expertise technique et des investissements considérables, rendant le secteur sensible aux conditions du marché mondial.

En résumé, la Côte d’Ivoire a une législation pétrolière en voie de redressement et de plus en plus attractive, avec une gouvernance qui s’améliore mais des risques persistants liés à la corruption et aux capacités institutionnelles.

6.5- Bénin

Le Bénin a connu une production d’hydrocarbures limitée, principalement axée sur de petits gisements situés en offshore peu profonds et des activités d’exploration. Il vient de reprendre la production sur le champ de Sèmè. Le secteur pétrolier joue un rôle relativement mineur dans leurs économies.

Ce pays bénéficie d’un environnement politique stable par rapport à certains pays voisins. Son cadre de gouvernance est modeste mais fonctionnels, et des efforts sont déployés pour améliorer ses capacités institutionnelle, législatif et réglementaires avec l’adoption de la loi 06 portant code pétrolier.

Le risque de corruption est modéré, les difficultés étant principalement liées à la gouvernance du secteur public plutôt qu’aux activités extractives à grande échelle.

Le développement du secteur pétrolier au Bénin restera probablement limité à moins de nouvelles découvertes importantes.

6.6- Niger

Le Niger est parmi les nouveau pays producteurs émergents de l’hinterland. De par sa situation géographique, ce pays du sahel est confronté à d’énorme difficultés liées à stabilité politique précaire, à son enclavement qui impacte les opérations pétrolières et surtout l’évacuation de son brut ainsi qu’à un risque sécuritaire prépondérant qui fragilise tout les Etats du Sahel notamment les infrastructures pétrolières.

L’instabilité politique et l’absence d’une gouvernance démocratique constituent des défis pour une gestion transparente des rentes pétrolières.

6.7- Autres pays de l’Afrique de l’Ouest

6.7.1- Mauritanie

La Mauritanie est un producteur d’hydrocarbures émergent doté d’un important potentiel gazier offshore, notamment grâce à sa participation au projet du Grand Tortue Ahmeyim (GTA) aux côtés du Sénégal. Historiquement, l’économie mauritanienne s’est appuyée sur l’exploitation minière, mais de récentes découvertes ont positionné le pays comme un acteur majeur du secteur gazier.

Sur le plan politique, la Mauritanie a connu des périodes d’instabilité, notamment des coups d’État dans les années 2000, mais a affiché une stabilité croissante ces dernières années. Le contexte politique actuel est relativement stable, même si les capacités institutionnelles demeurent limitées.

La gouvernance du secteur pétrolier est encore en développement. Le gouvernement s’est efforcé de mettre en place des cadres réglementaires et d’attirer les investissements, mais les faiblesses institutionnelles demeurent un défi majeur. Selon la Banque mondiale (2023), la Mauritanie obtient des scores relativement faibles en matière d’indicateurs de gouvernance par rapport aux moyennes mondiales.

Le risque de corruption est modéré à élevé, reflétant des défis plus vastes en matière de gouvernance. Transparency International (2024) souligne les problèmes liés à la responsabilité et à la transparence du secteur public. Dans le secteur pétrolier, les risques sont particulièrement associés aux négociations contractuelles et à la gestion des recettes.

Le projet GTA représente une opportunité majeure pour la Mauritanie, mais soulève également des défis de gouvernance liés à la gestion de revenus gaziers importants. Une coordination efficace avec le Sénégal et les partenaires internationaux sera essentielle pour garantir le succès du projet et la transparence des revenus.

Sur le plan opérationnel, l’exploitation du gaz offshore réduit certains risques, mais exige des ressources techniques et financières considérables. La capacité de la Mauritanie à gérer efficacement ces projets dépendra de la poursuite du développement institutionnel et du soutien international.

6.7.2- Sierra Leone

La Sierra Leone a connu des activités d’exploration intermittentes dans ses bassins offshore, avec plusieurs découvertes indiquant des ressources potentielles en hydrocarbures. Cependant, le secteur demeure sous-développé et aucune production commerciale à grande échelle n’a été mise en place à ce jour.

Sur le plan politique, la Sierra Leone a réalisé des progrès considérables depuis la fin de sa guerre civile en 2002. Le pays s’est doté d’institutions démocratiques et a connu des transitions politiques relativement pacifiques. Toutefois, ses capacités de gouvernance demeurent limitées, notamment dans des secteurs complexes comme celui du pétrole.

Le cadre réglementaire du secteur pétrolier a été élaboré avec le soutien de partenaires internationaux, mais des difficultés de mise en œuvre persistent. Les contraintes liées aux capacités institutionnelles et le manque d’expertise technique ont freiné le développement du secteur.

Le risque de corruption demeure préoccupant. Transparency International (2024) classe la Sierra Leone parmi les pays présentant des niveaux de corruption modérés à élevés, notamment dans l’administration publique et les marchés publics. Ces risques s’étendent au secteur pétrolier, où l’octroi de licences et la gestion des contrats exigent un contrôle rigoureux.

Le principal défi pour la Sierra Leone est la transition de l’exploration à la production, tout en mettant en place des systèmes de gouvernance solides. Sans institutions fortes, le pays risque de reproduire les difficultés rencontrées par d’autres économies riches en ressources naturelles.

6.7.3- Libéria

Le Libéria a mené des activités d’exploration en mer et a identifié des ressources potentielles en hydrocarbures, mais la production commerciale n’a pas encore débuté. Le secteur pétrolier du pays demeure à ses balbutiements, et l’incertitude quant au potentiel des ressources reste importante.

Sur le plan politique, le Libéria a progressé dans la stabilisation de ses institutions après des années de conflit civil. Un gouvernement démocratique a été instauré, mais les capacités institutionnelles restent limitées.

Le cadre de gouvernance du secteur pétrolier a été élaboré en mettant l’accent sur la transparence, notamment par la participation à l’ITIE. Cependant, des difficultés de mise en œuvre persistent, en particulier en matière d’application de la réglementation et de coordination institutionnelle.

Le risque de corruption est modéré, avec des difficultés liées à la responsabilité et aux marchés publics. Ces risques sont particulièrement pertinents dans le contexte des activités d’octroi de licences et d’exploration.

Le principal défi du Libéria est d’attirer les investissements dans un environnement mondial concurrentiel, tout en veillant à ce que les systèmes de gouvernance soient suffisamment robustes pour gérer le développement futur des ressources.

6.7.4- Guinée et Guinée-Bissau

La Guinée et la Guinée-Bissau possèdent un potentiel en hydrocarbures limité mais prometteur, principalement dans les bassins offshores. L’exploration y a été sporadique et aucune production significative n’a été établie.

Les deux pays sont confrontés à d’importants défis politiques et de gouvernance. La Guinée a connu une instabilité politique, notamment des coups d’État, tandis que la Guinée-Bissau est aux prises avec une instabilité chronique et des institutions fragiles.

Les cadres de gouvernance du secteur pétrolier sont sous-développés et les capacités institutionnelles limitées. Le risque de corruption est élevé, reflétant des faiblesses de gouvernance plus générales (Transparency International, 2024).

Le développement du secteur pétrolier dans ces pays dépendra fortement de l’amélioration de la stabilité politique et de la gouvernance.

6.7.5- La Gambie

La Gambie a mené des activités d’exploration en mer et a identifié des ressources potentielles en hydrocarbures, mais le secteur reste à un stade préliminaire de développement.

Sur le plan politique, le pays a connu ces dernières années une transition vers une gouvernance démocratique, ce qui a amélioré la stabilité et la confiance des investisseurs. Cependant, ses capacités institutionnelles demeurent limitées.

Des cadres de gouvernance sont en cours d’élaboration, avec le soutien de partenaires internationaux. Le risque de corruption est modéré, et des efforts sont déployés pour améliorer la transparence et la responsabilité.

Le principal défi pour la Gambie est de renforcer ses capacités institutionnelles afin de gérer efficacement le développement potentiel de ses ressources.

6.8- Synthèse régionale

En Afrique de l’Ouest, le secteur pétrolier présente une grande disparité en termes de stabilité politique, de qualité de la gouvernance et de risques de corruption. Les pays producteurs établis, comme le Nigéria et l’Angola (Afrique centrale), sont confrontés à d’importants défis hérités du passé, tandis que les pays émergents, tels que le Sénégal et la Mauritanie, la Côte d’Ivoire, le Ghana et même le Bénin ont la possibilité de mettre en place dès le départ des cadres de gouvernance plus solides.

Une tendance commune se dégage dans toute la région : les pays dotés d’une stabilité politique et de structures de gouvernance plus solides sont mieux placés pour attirer les investissements, gérer efficacement leurs ressources et atteindre des objectifs de développement durable. À l’inverse, une gouvernance défaillante et des niveaux de corruption élevés continuent de nuire à la performance sectorielle et aux retombées économiques.