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Avant-propos

Les ressources géo-extractives constituent une source de revenus pour les pays qui en disposent et occupent une grande part du Produit Intérieur Brut (PIB) de certains pays. Elles ont été à la base du développement économique et industriel de bon nombre de pays. Les ressources pétrolières, en particulier le pétrole et le gaz naturel, sont des sources d’énergie ayant une importance stratégique et ont joué un rôle prépondérant et déterminant lors de la révolution industrielle au XIXe siècle. Outre leur intérêt pour le développement, l’exploitation des ressources pétrolières est aussi à l’origine de catastrophes environnementales, de tensions endogènes et de guerres entre certains États. Cette dimension bipolaire, ou dualité, caractérisant l’utilisation de cette ressource est liée à ses multiples usages que l’on peut regrouper en deux ensembles.

Usage pour le développement socio-économique :

  • C’est un médicament universel utilisé depuis le Ier siècle de notre ère : le bitume est prescrit contre la lèpre, la cataracte, la goutte. Il était utilisé en Mésopotamie pour guérir les affections dermatologiques, mais aussi par les Égyptiens et même en France au XIIIe siècle.
  • C’est la source d’énergie la plus utilisée pour le développement industriel : au XIXe siècle, en Europe et aux États-Unis, le pétrole a été le moteur du développement de l’industrie et du transport. Aujourd’hui, malgré les politiques internationales de développement de sources d’énergie plus propres, notamment les énergies renouvelables, ainsi que les stratégies visant à limiter voire supprimer l’exploitation des combustibles fossiles, les hydrocarbures demeurent la première source d’énergie la plus utilisée dans le monde et fournissent aussi les intrants pour l’industrie pétrochimique qui fabrique des produits pour tous les secteurs d’activité.

Arme de guerre et source de pollution environnementale

  • Le pétrole est aussi une arme de guerre : il est utilisé depuis les guerres médiques entre la Grèce et la Perse au Ve siècle, en passant par les guerres mondiales où l’énergie a joué un rôle stratégique. À titre illustratif, le contrôle des réserves de pétrole du Koweït par les USA fut la principale cause de la guerre du Golfe (1990-1991). Il en est de même de la guerre du Biafra au Nigeria entretenue par la France, et plus récemment de la déstabilisation de la Libye en 2011 par les puissances occidentales animées par le désir de contrôler le pétrole libyen et d’accroître leur influence en Afrique du Nord.
  • Au plan environnemental, l’extraction des hydrocarbures et l’utilisation des produits pétroliers qui découlent de leur transformation sont à l’origine des dérèglements climatiques en raison des gaz à effet de serre qu’ils émettent, responsables du réchauffement climatique provoquant la fonte des glaciers, l’augmentation du niveau marin, les inondations et la sécheresse.

Dans le but de garantir cette source d’énergie précieuse pour le développement industriel, les Occidentaux ont entrepris des travaux de prospection pétrolière en Afrique au cours du XXe siècle. Pendant la période coloniale, puis surtout dès les premières années de la période post-coloniale, les travaux réalisés par les puissances étrangères ont permis de dresser la cartographie géologique de l’Afrique. Cette cartographie a révélé que le continent africain dispose d’un potentiel non négligeable en ressources géo-extractives, notamment le pétrole et le gaz naturel.

La mise en valeur des ressources pétrolières exige l’existence et la maîtrise de technologies, de compétences et de ressources financières dont les pays du tiers monde, en particulier ceux d’Afrique, ne disposent pas toujours. Pour ce faire, les pays africains négocient avec des puissances étrangères des accords dont les termes sont peu maîtrisés et dont la mise en œuvre est mal contrôlée. En conséquence, depuis plus de trois décennies d’exploitation des ressources pétrolières et gazières en Afrique, les bénéfices tirés demeurent insignifiants en raison de contrats déséquilibrés et peu profitables aux États. Cet état de choses s’illustre par trois constats.

  1. Les populations de la plupart des pays africains qui exploitent les ressources pétrolières vivent en dessous du seuil de la pauvreté.
  2. La moitié de la population africaine n’a pas accès à l’énergie alors qu’elle exporte une grande partie de sa production d’hydrocarbures sous forme de matière première brute, selon l’Agence Internationale de l’Énergie en 2017.
  3. L’inexistence d’infrastructures appropriées pour la transformation et le développement de toute la chaîne de valeur de l’industrie pétrolière.

Le présent travail vise à lever un coin de voile sur les défis des États africains depuis la recherche jusqu’à l’exploitation des hydrocarbures, à analyser les régimes fiscaux associés à la législation pétrolière dans certains pays de l’Afrique de l’Ouest et enfin à faire ressortir les leviers fondamentaux sur lesquels les États doivent agir pour maximiser leur profit et inverser progressivement cette tendance peu profitable qui caractérise l’exploitation des ressources pétrolières dans la plupart des pays d’Afrique de l’Ouest.

Cette réflexion interpelle aussi la responsabilité des États africains dans le suivi et le contrôle technique et régalien des opérations pétrolières afin d’optimiser leur marge bénéficiaire et de s’assurer du respect des normes sécuritaires et environnementales admises dans l’industrie pétrolière internationale ou régies par les législations nationales.

Nous pensons avoir, à travers ce livre, donné un aperçu du secteur pétrolier et des difficultés et défis liés à la mise en valeur des ressources au profit des populations en Afrique de l’Ouest, et apporté notre contribution au développement d’une véritable industrie pétrolière en Afrique de l’Ouest.

Ce livre doit beaucoup à certaines personnes qui m’ont soutenu dans cet exercice et qui y ont volontiers apporté leurs contributions et commentaires constructifs.

J’adresse ma grande reconnaissance à l’endroit de :

  • Monsieur Matthew …., docteur ingénieur géologue et consultant indépendant en géosciences pétrolières, qui m’a fait l’honneur d’accepter de rédiger la préface de cet ouvrage et a beaucoup contribué à l’amélioration du document.
  • Monsieur Guy Vital ADJADJI, master en géographie et passionné de géosciences, pour ses orientations et commentaires.